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L’intérêt du jeu : quand jouer prend tout son sens

Avec l’avènement du numérique, l’intérêt du jeu et les pratiques ludiques se sont démocratisées auprès du grand public. En 2019, deux personnes sur trois jouaient au moins occasionnellement aux jeux vidéo, d’après une étude du SELL (Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs). Parallèlement, on observe depuis quelques années un retour en force du jeu de société. Entre 2010 et 2019, son marché a doublé de taille.
En observant vos proches, il vous serait certainement facile de dresser plusieurs typologies de joueurs. Certains joueurs attendent la réunion de famille mensuelle pour sortir le Mille Bornes du placard. D’autres jouent plusieurs mois, voire plusieurs années, au même jeu d’action en ligne.
Mais qu’importe leur degré d’implication, toujours est-il que chacun y trouve de l’intérêt.
Alors, pourquoi joue-t-on ? Quel est l’intérêt du jeu ? A quoi sert-il, si ce n’est à nous divertir ?

On joue parce que c’est simple

La raison la plus évidente pour laquelle nous jouons, c’est que nous y prenons du plaisir. Fin de l’article, bonne journée.
Non. Si vous décidiez de mener plus loin votre réflexion, vous vous demanderiez pourquoi une telle activité est plaisante. Et c’est une bonne question.

De manière générale, la question du divertissement du joueur est au cœur des problématiques de conception d’un jeu. L’objectif du concepteur est de satisfaire l’utilisateur en créant des règles et des mécaniques claires.

Une multitude d’informations et de codes régissent le monde réel. Dans un jeu, les actions, les échanges et les objectifs sont simples. Récolter un nombre précis de ressources vous permettra de construire une maison. Tirer sur un méchant vous fera gagner des points. Tomber sur la case Prison vous en fera perdre.
Mais si le jeu fonctionne, c’est avant tout parce qu’il s’appuie sur des codes que tout le monde connaît. On retrouve dans le Monopoly des règles et des éléments représentatifs de notre société : des interactions sociales, une monnaie similaire… Mais aussi des dizaines de symboles de notre quotidien : une gare, une maison ou les rues de la capitale.
Le temps d’une partie, une nouvelle société proche de celle que l’on connaît est créée. Les règles y sont nouvelles et simples. L’intérêt du jeu réside dans son fonctionnement qui a du sens.

On joue pour apprendre

L’apprentissage par le jeu n’est pas récent. Dans Gargantua, François Rabelais évoquait déjà la force pédagogique du jeu en faisant découvrir à son héros les mathématiques par le biais d’un jeu de cartes. Et pour cause, un jeu est codifié, ordonné. Lorsqu’on joue à un jeu, on établit en premier lieu des règles qui orientent la partie. Cela en fait une activité aussi divertissante que rigoureuse.
Aujourd’hui, le jeu est utilisé dans de nombreux domaines et à diverses fins. Pour éduquer des élèves, former des employés, promouvoir un produit ou encore simuler des actions militaires. Mais quel intérêt du jeu pour les professionnels au point de vouloir l’appliquer partout ?

Le jeu est avant tout synonyme d’expérimentation

Chez l’enfant en manque de repères, jouer revient à tester. Il appréhende son environnement sans se risquer à de trop grandes conséquences. On retrouve d’ailleurs son intérêt sécuritaire dans les simulateurs de vol des écoles d’aviation.

Plus encore, le jeu est pour l’enfant un moyen d’imiter les personnes qui les entourent. Il n’est d’ailleurs par rare de voir un magasin de jouets faire la promotion d’une authentique Mercedes radio-commandée pour faire comme les grands, ou d’une traditionnelle dinette pour cuisiner comme un chef.

Durant son moment de jeu, l’enfant, comme l’adulte d’ailleurs, s’investit d’une mission en accord avec le rôle qu’il vient d’endosser. C’est son but qui donne du sens à son activité. De manière générale, un jeu ne pourrait d’ailleurs pas se penser sans objectif. Comme le héros qui gagne des niveaux d’expérience après avoir dézingué du démon, le joueur tire un enseignement, aussi trivial soit-il, de chaque action de jeu.
D’abord, il découvre son fonctionnement : “Alors, le bouton X sert à sauter”,
avant de faire face à un obstacle : “Ce mur m’empêche d’avancer”,
et de trouver une solution : “Peut-être que je pourrais sauter par-dessus !”.
Finalement, l’apprentissage est nécessaire dans un jeu pour progresser.

On joue pour changer de peau

Voilà plusieurs années que les éditeurs de jeu vidéo brandissent comme argument de vente la personnalisation des expériences qu’ils proposent. Et pour cause, les joueurs attendent de celles-ci qu’elles leur soient uniques. Cette personnalisation passe avant tout par la modification visuelle du personnage qu’ils incarnent.

Dans le jeu vidéo multijoueur à succès Fortnite par exemple, la customisation de l’avatar est pensée par les développeurs comme un objectif en tant que tel.
Le joueur récolte des points en “tuant” un maximum d’adversaires sur un champs de bataille. Ces points sont convertis en monnaie virtuelle lui permettant d’acheter des “skins” (peaux en anglais). Ce sont les habits qui modifient l’apparence de l’avatar. Plus le skin est cher, plus il témoigne de la force du joueur. En effet celui-ci aura “tué” beaucoup d’ennemis pour l’obtenir. La personnalisation de l’avatar fait alors sens aux yeux du joueur car elle répond à un besoin de reconnaissance.

On retrouve également ce principe d’avatar dans les jeux physiques. Dans un jeu de société, ce sera le pion qu’on choisit en début de partie. Dans une murder party -jeux grandeur nature, le joueur se crée physiquement un avatar, une nouvelle identité, en se déguisant. Ici, l’accoutrement fait partie intégrante des règles. A tel point qu’un joueur qui ne se déguise pas peut être exclu de la partie.

De manière générale, le jeu est un outil de transformation extrêmement puissant. Lorsqu’on incarne un personnage, nous nous créons une nouvelle identité

Et si certains décident de personnaliser leur avatar à leur image, d’autres préfèrent trancher totalement avec leur vie réelle. Ils changent de couleur de cheveux, de sexe, ou de métier. Dans le jeu de gestion agricole à succès Farming Simulator, on peut ainsi observer des professionnels de l’agriculture s’amuser à simuler leur vie et des amateurs se rêvant agriculteurs.

Parfois, ce sont les joueurs qui établissent eux-même les règles au point de créer une toute nouvelle société. C’est le cas de certains jeux multijoueurs en ligne comme GTA Online, un monde virtuel de quelques dizaines de millions d’adeptes. Ici, chacun se crée un rôle et suis des règles précisément établies. Un joueur qui se définit policier réalisera des patrouilles virtuelles et se présentera comme le personnage qu’il incarne. Le changement de peau devient presque palpable et alors le jeu change véritablement le joueur.

On joue pour créer du lien

Une partie de Bonne Paye douteuse qui tourne mal ou une coopération du tonnerre au cours d’une session d’escape game, chaque joueur a déjà vécu une expérience de jeu inoubliable en compagnie d’un partenaire de jeu. Dans la joie comme dans la colère, toujours est-il que lorsqu’on joue avec quelqu’un, on crée du lien.

La composante sociale est inhérente à beaucoup de jeux. Une très grande majorité des jeux de société se veut multijoueurs et base leurs rapports sur la coopération ou la compétition. Originellement, la pratique du jeu vidéo est plutôt solitaire, souvent du fait des limitations techniques des premières machines électroniques.

Pourtant, c’est aussi par le jeu vidéo que les rapports sociaux ludiques ont drastiquement augmenté.

Avec l’apparition du web dans les foyers, un nouveau genre de jeu à la douce appellation de MMORPG a fait son apparition. Comme son nom l’indique, le jeu de rôle massivement multijoueurs en ligne, en anglais Massively Multiplayer Online Role-Playing Game, base son concept sur son caractère social puisque des milliers de joueurs peuvent se rencontrer simultanément sur un serveur.
En se connectant, l’intérêt premier des joueurs est de découvrir un monde “qui vit”, et, en un sens, un monde proche de la réalité.

(Auteur : Ryzom MMORPG)

World of Warcraft, un des MMORPG les plus joués depuis 2004, présente de nombreuses caractéristiques qui le rapprochent d’une société structurée et réaliste. On y retrouve des villes, des lieux d’échanges, de commerce, de culte (fictifs) et des ressources primaires. Pour progresser dans le jeu, les joueurs sont incités à rejoindre des factions et des guildes, c’est à dire se regrouper sous une même bannière dont on partage les valeurs et afin de s’entraider dans les batailles qu’ils doivent mener.
Il est d’ailleurs parfois l’objet d’échanges communautaires particulièrement engageants et solidaires dépassant le simple cadre du jeu. C’est le cas des membres d’une guilde du jeu Final Fantasy XIV qui ont rendu hommage le 21 décembre 2014 à un joueur mourant. Ils se sont rassemblés par dizaines leurs personnages respectifs sur un serveur et en créant un feu d’artifice géant virtuel.

L’intérêt du jeu, c’est finalement de découvrir un nouveau monde, régi par des règles simples, dans lequel on peut apprendre pour se perfectionner. Le temps de quelques minutes ou plus, on se découvre un nouveau soi, de nouveaux comportements, et de nouvelles relations se créent. Et quand on comprend tout cela, jouer prend alors tout son sens.

France Info, VIDEO. Jeux vidéo : des gamers rendent hommage à leur ami mourant dans Final Fantasy XIV, 23/12/2014, https://www.francetvinfo.fr/internet/video-jeux-video-des-gamers-rendent-un-hommage-numerique-a-leur-ami-mourant_779671.html